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05/04/2010

Morue en fête

fete-de-la-morue.jpgDu 13 au 16 mai prochain c’est « Morue en Fête » à Binic dans le 2-2. Un long weekend de l’Ascension entièrement consacré à ce fameux poisson qui fit la fortune et la gloire de la « grande pêche » armoricaine, un évènement culturel à ne rater sous aucun prétexte.

Si Marcel a prévu d’y mener la Josette ce n’est pas par malice. Du reste on le sait, d’ordinaire, ce n’est pas la malice qui étouffe le Marcel.  A la rigueur la (vraie) galette-saucisse quand il se jette dessus comme un dirigeant socialiste sur les sondages pour 2012 mais la malice, jamais !

C’est juste parce que Binic c’est moins loin de Pleurtuit que Venise et que l’hôtel-restaurant « Le Neptune » (sur la place de l’Eglise) y accepte les animaux et est presque aussi confortable que le « Danieli ». Manque juste la vue sur le Grand Canal…

 

resto japonais.jpgSi « Restons Correct ! » vous en parle ce n’est évidemment pas par mauvais esprit, genre analogie scabreuse entre thons rouges et morues. Ca serait d’autant moins bien venu que, tous les pseudo-restaurateurs japonais de la rue Monsieur Le Prince vous le diront, les sushis à la morue ça vaut franchement pas les sushis au thon rouge.

Ce n’est pas non plus par souci de faire prendre l’air à nos lecteurs. C’est avant tout par amour de ces fêtes aussi folkloriques que rustiques qui, dès les premières manifestations du réchauffement climatique, animent si plaisamment nos riantes localités littorales ou rurales.

Qu’en serait-il de notre Identité Nationale et de nos valeurs humanistes sans le travail acharné de ces milliers de bénévoles enthousiastes et zélés qui érigent fièrement le pruneau d’Agen, l’andouille de Vire ou le « coco » de Paimpol comme autant de murailles infranchissables par les hordes de Philistins à la solde des pourvoyeurs de junk food mondialisée ?

En vérité on se le demande…

 

binic.jpgC’est dans cet esprit revival de préservation des traditions populaire et de résistance à l’ultralibéralisme que nous donnons rendez-vous à tous nos lecteurs du 13 au 16 mai prochain sur le port de Binic, pour y chanter avec nous, faux, à tue-tête et en chœur :

Allons z'à Messine

Pécher la sardine,

Allons z'à Lori-ient

Pêcher le hareng…

07/02/2010

Tentations vénitiennes

carnaval.jpgVenise est un cliché. Un cliché fragile, sur pilotis, lagunaire et croulant mais un cliché à peu près préservé. Palais des Doges, place Saint Marc, Rialto, gondoles et soupirs mais aussi lumières, couleurs et carnaval ; Simplon-Orient-Express, cartes postales et compagnie.

Pourtant, n’en déplaise aux vieilles ricaines emperlousées, aux midinettes nippones extasiées et à Josette qui rêve de s’y faire fourrer une dernière fois la galette par la (vraie) saucisse de Marcel, Venise n’a rien de romantique.

D’autant moins qu’à l’époque du romantisme triomphant the place to be c’était plutôt la cambrousse que les parages du Lido. C’était plutôt ô temps suspends ton vol et vous heures propices suspendez votre cours que les Mémoires du regretté Casanova. C’était plutôt déprime façon Lamartine galérant sur le lac du Bourget que fêtes galantes et libertines dans les alcôves dorées d’un palazzetto grand-canalesque.

Désolé d’avoir cassé l’ambiance mais nos lecteurs le savent : « Restons Correct ! » peut transiger sur beaucoup de choses mais pas avec la vérité, surtout quand elle est historique…

 

basiléus.jpgCar contrairement à ce qu’écrivit plutôt bien Juppé, Venise n’est pas une tentation. C’est un lieu fondateur de la civilisation occidentale, de sa face sud en tous cas.

Avant de piller les trésors de Constantinople sous couvert de quatrième croisade, Venise fut l’unique dépositaire européen de la civilisation byzantine qui, avant de sombrer sous le joug ottoman, nous a transmis presque intact cet héritage gréco-latin sans lequel nous en serions encore à traquer le sanglier dans quelque improbable futaie celtique.

Les barbares sont étymologiquement ceux qui ne lisent pas le grec. Par extension ce sont ceux qui ne participent pas de cette culture européenne qui doit tant à l’hellénisme, celui de Périclès ou de Manuel II Paléologue, l’un des derniers basileus venu implorer en vain l’aide de ses cousins latins.

Ceux qui se demandent pourquoi, laïque ou non, la Turquie n’a pas sa place en Europe ont la réponse : c’est une question de civilisation, pas de religion.

 

Marco_Polo.jpgOligarchie maritime et commerçante, Venise fut à partir du treizième siècle et de l’élimination de facto de la concurrence byzantine la principale puissance économique et politique de la Méditerranée orientale, un peu sur le modèle des antiques thalassocraties grecques, de l’Athènes de la Ligue de Délos notamment.

Les richesses accumulées par ses familles marchandes servirent à financer l’essentiel des bâtiments qu’on peut toujours y admirer, l’expédition mythique du jeune Marco Polo à la découverte de la route de la soie chinoise et, surtout, les chefs d’œuvre du cinquecento vénitien signés par le Titien, Véronèse ou le Tintoret.

Ici, comme à Florence ou plus tard à Amsterdam, le capitalisme financier avait déjà pris la détestable et marchande habitude de frapper la culture et la création artistique du sceau infâmant de la concurrence esthétique libre et non faussée…

 

7871-the-grand-canal-and-the-church-of-t-canaletto.jpgLe déclin de Venise coïncide évidemment avec l’exploitation par les Européens des richesses américaines. La Méditerranée n’est durablement plus la profitable mare nostrum qu’elle fut pendant des siècles, Venise ne s’en remettra jamais complètement.

La reprise du commerce maritime consécutive au percement du canal de Suez et la colonisation de l’Afrique du Nord profitera plus à Gênes, Trieste, Barcelone et Marseille qu’à la Cité des Doges.

Pour éclatante qu’elle ait été, la victoire de Lépante fut coûteuse et largement inutile puisque Chypre demeura sous l’emprise ottomane. Elle ne fut du reste possible que par le truchement d’une Sainte Ligue associant, pour l’occasion et avec la bénédiction pontificale, la puissance habsbourgeoise à la marine vénitienne.

Pour superbes qu’elles soient, les toiles du Canaletto nous montrent une Venise déjà figée deux siècles plus tard dans un calme classique, bien loin de l’effervescence du commerce avec le Levant.

 

Venezia-punta_della_dogana.jpgReste de cette splendeur passée un haut lieu de la mémoire culturelle de l’Occident dont la magie fonctionne toujours sur les ricaines liftées, les nippones incultes, les Josette ménopausées et, peut-être même, leurs blaireaux respectifs.

Pas étonnant que François Pinault ait choisi la Punta della Dogana pour y exposer sa collection d’art contemporain, de préférence aux ruines industrielles de l’île Seguin et leurs pesants relents de sueurs prolétariennes et d’idéologie collectiviste…

 
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