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26/09/2008

Le Marché et l'Etat

ss 1.jpgLe discours de Sarko sur la crise financière et les moyens d’y remédier suscite son flot prévisible de commentaires politiciens. Tandis que les politiques prennent position en fonction de leur appartenance partisane, chez « Restons Correct ! » on préfère s’interroger sur le fond idéologique. De fait nous sommes frappés par ses accents éminemment « saint-simoniens », du nom de l’idéologue qui inspira la politique économique et financière du second Empire.

 

ss2.jpg Lointain parent du grand mémorialiste du règne de Louis XIV, le comte de Saint-Simon peut être catalogué comme l’un des principaux socialistes utopiques de la première moitié du dix-neuvième siècle. Sa pensée se caractérise par une vive et profonde préoccupation sociale motivée par l’observation des conditions de vie des premiers ouvriers apparus avec les prémisses de la révolution industrielle.

 

C’est une pensée originale et riche, quasi-mystique puisqu’elle prône la fondation d’une nouvelle religion assortie d’un nouveau catéchisme. Elle est principalement fondée sur l’idée que les progrès économiques nécessaires à l’amélioration de la condition ouvrière passent nécessairement par le transfert aux « industrieux  des pouvoirs économiques et politiques.

 

L’objectif est de débarrasser le pays de la tyrannie contre-productive des « oisifs » - rentiers propriétaires terriens de l’époque - pour confier le pouvoir effectif à une élite industrieuse et active à laquelle ouvriers, artisans, entrepreneurs et commerçants confieraient toutes les rênes de tous les pouvoirs.

 

Alors, ces hommes de savoir et d’expérience industrieuse se substitueraient aux « juristes » supposés improductifs et rétrogrades pour initier des politiques de grands travaux aptes à résorber le chômage et à apporter à tous les citoyens bien être et travail. La gouvernance de l’ensemble serait assurée par l’élite de l’élite qui établirait les plans nécessaires à la réalisation de ces projets. Le financement des dits projets serait confié à un système bancaire centralisé orientant l’épargne vers les infrastructures et l’industrie. En clair : L’épargne servirait prioritairement à financer le matériel des marchands de (vraie) galette-saucisse et l’aménagement des marchés sur lesquels ils exercent leur commerce. Par ailleurs et afin d’éradiquer à jamais les classes oisives, l’Etat serait le seul héritier de tous les patrimoines à la mort de leurs détenteurs ce qui, convenons en, est quand même moins brutale que la « solution finale » façon Khmers rouges...

 

Telles sont très brièvement résumées quelques unes des idées clefs de la pensée saint-simonienne qui, comme on l’a compris, porte notamment en germe les concepts de planification économique et sociale, de confiscation du pouvoir par une technocratie aussi éclairée que soucieuse du bien public et de sur-taxation du patrimoine privé à des fins de redistribution via l’action économique et sociale de l’Etat.

 

ss3.jpgConcrètement et sous l’égide de Napoléon III, cette idéologie est à l’origine de la création de grandes banques de dépôts - Société Générale ou Crédit Lyonnais par exemple - étroitement surveillées par la Banque de France. Elle est aussi à l’origine du financement massif de l’équipement ferroviaire du pays par l’épargne « populaire » ou des grands projets d’aménagements urbains qu’illustre notamment le remodelage de la topographie parisienne par le baron Haussmann.

 

ss4.jpgOn l’a compris : Le cœur de la pensée saint-simonienne ou, en tous cas, de la lecture qu’en firent les bonapartistes de l’époque, consiste à mettre les ressources financières issues de l’activité des citoyens au service de l’industrie productive, via une planification économique qui ne dit pas son nom et une politique centralisée d’aménagement du territoire.

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ss5.jpgOr il se trouve que c’est exactement ce qu’a prôné le Président de la République dans son discours de Toulon et que c’est aussi l’exact contraire du pragmatisme affiché par l’Administration américaine face aux mêmes événements. Pour Bush et Paulson l’Etat doit soutenir le marché financier parce que les circonstances l’exigent, pour Sarkozy la crise est l’opportunité - le mot a été clairement prononcé - de remettre le marché financier au service de l’étatisme économique, comme aux bon vieux temps du second Empire… Nous n’irons pas plus loin dans l’analogie en parlant de troisième Empire, d’autant plus qu’un traducteur français-allemand un peu pressé risquerait de conclure à l’avènement en France d’un Troisième Reich

Chacun est évidemment libre de porter le jugement qu’il veut sur ce projet et sur ses chances de succès. L’objet n’est pas ici d’en faire une critique prospective détaillée. Par contre, tout le monde peut aujourd’hui comprendre aisément que le substrat idéologique de la politique du Président n’a rien de libéral en la matière et ne saurait être qualifié d’alignement servile sur la politique américaine : C’est juste du bon bonapartisme de derrière les fagots et du bon étatisme bien d’chez nous…

 
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