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07/02/2010

Tentations vénitiennes

carnaval.jpgVenise est un cliché. Un cliché fragile, sur pilotis, lagunaire et croulant mais un cliché à peu près préservé. Palais des Doges, place Saint Marc, Rialto, gondoles et soupirs mais aussi lumières, couleurs et carnaval ; Simplon-Orient-Express, cartes postales et compagnie.

Pourtant, n’en déplaise aux vieilles ricaines emperlousées, aux midinettes nippones extasiées et à Josette qui rêve de s’y faire fourrer une dernière fois la galette par la (vraie) saucisse de Marcel, Venise n’a rien de romantique.

D’autant moins qu’à l’époque du romantisme triomphant the place to be c’était plutôt la cambrousse que les parages du Lido. C’était plutôt ô temps suspends ton vol et vous heures propices suspendez votre cours que les Mémoires du regretté Casanova. C’était plutôt déprime façon Lamartine galérant sur le lac du Bourget que fêtes galantes et libertines dans les alcôves dorées d’un palazzetto grand-canalesque.

Désolé d’avoir cassé l’ambiance mais nos lecteurs le savent : « Restons Correct ! » peut transiger sur beaucoup de choses mais pas avec la vérité, surtout quand elle est historique…

 

basiléus.jpgCar contrairement à ce qu’écrivit plutôt bien Juppé, Venise n’est pas une tentation. C’est un lieu fondateur de la civilisation occidentale, de sa face sud en tous cas.

Avant de piller les trésors de Constantinople sous couvert de quatrième croisade, Venise fut l’unique dépositaire européen de la civilisation byzantine qui, avant de sombrer sous le joug ottoman, nous a transmis presque intact cet héritage gréco-latin sans lequel nous en serions encore à traquer le sanglier dans quelque improbable futaie celtique.

Les barbares sont étymologiquement ceux qui ne lisent pas le grec. Par extension ce sont ceux qui ne participent pas de cette culture européenne qui doit tant à l’hellénisme, celui de Périclès ou de Manuel II Paléologue, l’un des derniers basileus venu implorer en vain l’aide de ses cousins latins.

Ceux qui se demandent pourquoi, laïque ou non, la Turquie n’a pas sa place en Europe ont la réponse : c’est une question de civilisation, pas de religion.

 

Marco_Polo.jpgOligarchie maritime et commerçante, Venise fut à partir du treizième siècle et de l’élimination de facto de la concurrence byzantine la principale puissance économique et politique de la Méditerranée orientale, un peu sur le modèle des antiques thalassocraties grecques, de l’Athènes de la Ligue de Délos notamment.

Les richesses accumulées par ses familles marchandes servirent à financer l’essentiel des bâtiments qu’on peut toujours y admirer, l’expédition mythique du jeune Marco Polo à la découverte de la route de la soie chinoise et, surtout, les chefs d’œuvre du cinquecento vénitien signés par le Titien, Véronèse ou le Tintoret.

Ici, comme à Florence ou plus tard à Amsterdam, le capitalisme financier avait déjà pris la détestable et marchande habitude de frapper la culture et la création artistique du sceau infâmant de la concurrence esthétique libre et non faussée…

 

7871-the-grand-canal-and-the-church-of-t-canaletto.jpgLe déclin de Venise coïncide évidemment avec l’exploitation par les Européens des richesses américaines. La Méditerranée n’est durablement plus la profitable mare nostrum qu’elle fut pendant des siècles, Venise ne s’en remettra jamais complètement.

La reprise du commerce maritime consécutive au percement du canal de Suez et la colonisation de l’Afrique du Nord profitera plus à Gênes, Trieste, Barcelone et Marseille qu’à la Cité des Doges.

Pour éclatante qu’elle ait été, la victoire de Lépante fut coûteuse et largement inutile puisque Chypre demeura sous l’emprise ottomane. Elle ne fut du reste possible que par le truchement d’une Sainte Ligue associant, pour l’occasion et avec la bénédiction pontificale, la puissance habsbourgeoise à la marine vénitienne.

Pour superbes qu’elles soient, les toiles du Canaletto nous montrent une Venise déjà figée deux siècles plus tard dans un calme classique, bien loin de l’effervescence du commerce avec le Levant.

 

Venezia-punta_della_dogana.jpgReste de cette splendeur passée un haut lieu de la mémoire culturelle de l’Occident dont la magie fonctionne toujours sur les ricaines liftées, les nippones incultes, les Josette ménopausées et, peut-être même, leurs blaireaux respectifs.

Pas étonnant que François Pinault ait choisi la Punta della Dogana pour y exposer sa collection d’art contemporain, de préférence aux ruines industrielles de l’île Seguin et leurs pesants relents de sueurs prolétariennes et d’idéologie collectiviste…

Commentaires

Ce n'est pas une contribution à cet article immémorable (ai-je mis assez de "m"?) mais plutôt une réflexion d'ordre général: pourquoi dans la plupart des sites y a-t-il écrit "les commentaires sont fermés"? (exemple "blogchieur" "le blog de la diversité"...
C'est sur que si tu fais de la diversité tout seul, t'es sûr d'avoir raison!...)
Sinon, laisse les gondoles à Venise!!!

Écrit par : alix | 08/02/2010

les blogs qui ferment leurs commentaires c'est rien que des pétochards
quant à la diversité façon l'autre zozo du cran c'est certain qu'il est tout seul...

Écrit par : nathan | 08/02/2010

J'ai été à Venise, ni riche, ni ménopausée ; je me suis isolée dans la foule pour imaginer une Venise d'antan, à tel point qu'en attendant l'ouverture de l'Eglise Notre Dame de St Marie où l'on peut admirer "le Martyr de Saint Sébastien" dans une chapelle (contre paiement), j'ai trempé mes pieds dans le canal et j'ai fait la vache sur glace. Rassurez-vous ou soyez déçus, j'ai réussi à remonter la pente mousseuse, sinon, point d'entrée à l'Eglise aux dames mouillées ! Et puis savoir que tant d'écrivains, poètes ont arpenté les rues de Venise, ont pris du café place St Marc, cela vous prend aux tripes même si votre galette-saucisse est maigrichonne.

Écrit par : Naguima | 08/02/2010

@ Alix
J'ignore pourquoi ces excellents collègues blogueurs refusent les commentaires.
Par modestie sans doute.
Sinon et s'agissant des gondoles, je n'ai pas du tout l'intention de les implanter à Pleurtuit ou dans le 7-8
:-)

@ Nathan
Je vous laisse l'entière responsabilité de ces assertions...

@ Naguima
C'est exactement ça, toutes les "plumes" célèbres ont pris au moins une fois un capuccino à une terrasse de la place Saint Marc.
Moi compris... :-)

merci à vous et bonne soirée

Écrit par : Restons Correct | 08/02/2010

Il y a autre chose à Venise que son passé. Encore faut-il pouvoir y baguenauder le nez au vent dans des recoins isolés que les touristes ignorent. Certains lieux vierges de présence étrangère distillent un charme unique -chargé d'histoire, c'est vrai- marqué par la réelle vie vénitienne. Cette ville, je la connais assez bien pour y avoir séjourné souvent, et c'est un endroit qui me donne à chacune de mes visites l'étrange impression de revenir chez moi.

Écrit par : Pascal Oudot | 10/02/2010

@ Pascal Oudot

Vous avez évidemment raison, Venise c'est plein d'autres choses et notamment de celles que vous décrivez

Merci pour le commentaire et bonne journée

Écrit par : Restons Correct | 10/02/2010

@Alix

Sur mon modeste petit blog, j'écris des billets d'humeurs trés modestes eux aussi , destinés à être lus à la sauvette. Lorsque je prendrai ma retraite de trader surprimé, je prendrai le temps d'ouvrir les commentaires pour y lire félicitations, constradictions et autres insultes ou convergences vers le point de Godwin.

Bref, mon blog j'en fais ce que je veux, et ce qu'en pensent les autres, je m'en tape un peu, trés sincèrement et sans discourtoisie aucune.

Synthèse : J'ai pas l'temps de controler...

Fran , le blogchieur

Écrit par : Fran | 09/03/2010

@ fran

Ah ah ! Enfin, le masque est tombé ! :-)

Écrit par : Restons Correct | 11/03/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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