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04/08/2009

La Nuit du 4 août...

jeudepaume.jpgMoins connue que la prise de la Bastille, la Nuit du 4 août 1789 est un événement fondateur de la Révolution Française. Réunis à Versailles dans la salle du Jeu de Paume, les députés issus des Etats Généraux y votèrent l’abolition des privilèges, de ceux de l’aristocratie et du clergé, mais aussi de ceux des compagnies marchandes, des corporations, des villes et des provinces. Les historiens qui ont creusé la question soulignent que ce vote fut d’abord motivé par le souci de calmer les esprits campagnards, de mettre fin aux jacqueries paysannes qui, dans la foulée du 14 juillet, conduisaient ici ou la les péquenots à bruler le château du hobereau local afin de détruire les « terriers », ces actes notariés stipulant la nature des droits seigneuriaux en général, des impôts en particulier auxquels fermiers et métayers étaient assujettis.

 

hayek.jpgL’explication est certainement exacte, elle est aussi incomplète. De fait, il est clair qu’en étendant l’abolition aux privilèges commerciaux et corporatistes, les députés entendaient aussi faire prévaloir ce principe fondateur de la démocratie libérale qu’est l’égalité de tous devant la loi, économique et professionnelle comprise. Et c’est évidemment la que l’affaire se complique car l’égalité républicaine dont il est en l’occurrence question, cette passion française dixit Tocqueville, n’a jamais été une égalité de fait. En clair : tout le monde a le droit de se taper ou non une (vraie) galette-saucisse, ceux qui en font le commerce sont libres d’en fixer le prix, ne peuvent se prévaloir d’un quelconque privilège, mais tout le monde n’a pas nécessairement droit à la même. Last but not least nul n’est obligé d’en consommer.

C’est ce qui distingue l’Egalité compatible avec la Liberté de l’égalitarisme qui lui est antinomique. C’est ce qu’a magistralement expliqué Hayek, le prix Nobel d’économie pas l’inventeur des montres Swatch, dans La Route de la Servitude, l’un des ouvrages fondateurs du libéralisme moderne. Il y démontre brillamment que collectivisme et socialisation de la société en général, de l’économie en particulier, conduisent inéluctablement et à plus ou moins longue échéance au totalitarisme.

 

assemblee-nationale.jpgMais ce n’est pas par pur opportunisme calendaire que « Restons Correct ! » a choisi de vous administrer cette petite leçon d’histoire aujourd’hui. C’est aussi parce que, plus de deux siècles après ce vote fondateur, les privilèges sont loin d’avoir été tous abolis. A certains égards ils n’ont même fait que croître et embellir depuis. En tête des survivances archaïques on trouve le statut de la fonction publique qui garantit notamment emploi à vie et retraite convenable aux heureux privilégiés qui en bénéficient.

Mis en place par Colbert plus d’un siècle avant 1789 sur des objectifs politiques largement atteints depuis, ce statut hyper-privilégié a survécu non seulement à la Révolution mais aussi à tous les bouleversements survenus depuis. Et inutile de compter sur nos parlementaires pour nous rejouer le coup du 4 août : une très large majorité d’entre eux sont en effet professionnellement issus du secteur public…

 

Question abolition des privilèges, ce 4 août 89 n’était donc qu’un début, le combat continue comme on disait en 68…

Commentaires

C'est un combat éternel qui ne mérite plus de révolution!

Écrit par : GuiGrou | 06/08/2009

@Restons corrects

Quelques petites précisions sur votre §2 :
Ce n'est qu'à partir du 14 juin 1791 que la loi le Chapelier interdit les corporations et les associations ouvrières d'Ancien Régime. L'invasion des Tuileries et la proclamation de la République n'interviendront que plus tard.
La problématique des prix me paraît plus complexe dans le contexte révolutionnaire car ce sont les Jacobins qui fixent le cours arbitraire des denrées du pain face à une situation de disette avec la loi du maximum.

Quant au§3, n'en déplaise à Tocqueville, je ne suis pas sûr que l'Ancien Régime, en tout cas jusqu'au XVIIIe siècle, soit à l'origine de la fonction publique contemporaine : un officier, titulaire d'une charge de "commissaire" patentée par le roi, n'a rien a voir avec un fonctionnaire d'aujourd'hui, à l'exception peut être très relative des intendants de justice, police et finance. Les vrais fonctionnaires du roi, que l'on retrouve après Colbert, ce sont me semble t'il les ingénieurs des arsenaux et des fortifications au XVIIIe siècle.

Je conclurai avec vous en disant ce petit mot : je pense que l'histoire de l'analyse économique de Hayek devient surtout opératoire à partir de la IIe Révolution Industrielle, car avant cette date clé, il est difficile de dresser des bilans complets d'histoire quantitative.
Bien cordialement,

Écrit par : Jourdan | 06/08/2009

@ GuiGrou

Sans doute, les révolutions c'est comme les élus : on n'a que celles qu'on mérite :-)

Écrit par : Restons Correct | 06/08/2009

@ Jourdan

Exact pour la loi Le Chapelier, j'ai opté pour un raccourci afin de ne pas souler le lecteur moins érudit que vous.

Sinon je maintiens que c'est bien Colbert qui a massivement développé le corps des "commis" de l'Etat, non propriétaire de leur emploi mais rémunéré à l'ancienneté et "pensionné" à vie.

Enfin pour Hyek, la "route de la Servitude" qiue vous avez certainement lu est plus un ouvrage politique qu'économique stricto sensu.

Et vous, quoi de neuf ?

Ce projet de blog, ça avance ?

Écrit par : Restons Correct | 06/08/2009

@Restons Corrects,

Merci pour votre commentaire.

OK pour Colbert, simplement je voulais vous dire qu'il est difficile de systématiser une réflexion ou un adage lorsque l'on se penche sur l'Histoire de l'Ancien Régime : pour l'époque qui court de Charles VII à Louis XVI, c'est le règne de l'absolue diversité; la distinction entre la sphère publique et la sphère privée est ainsi malaisée à faire lorsque l'on cherche à retracer la trajectoire professionnelle d'un "fonctionnaire"; le cumul des charges et des fonctions était pour le coup presque toujours la règle.
Je suis cependant tout à fait d'accord avec vous pour dire que la fonction publique apparaît à l'époque de Colbert comme une fonction régalienne. Ce paragraphe est peut être un peu érudit, mais au moins avec vous je sais que je n'ai pas affaire à un abruti (sic).

Pour Hayek, je vous avoue que je n'ai pas encore lu "la route de la Servitude". Mais cet auteur fait bien sûr partie de mon programme de lecture. Pour vous dire ce que je vous ai dit dans mon §3, je me suis appuyé sur les spécialistes de l'Histoire quantitative que sont Fernand Braudel et Ernest Labrousse (notamment pour le trend séculaire des prix).

Pour ma part, je vais certainement rester dans le Sud de la France jusqu'en octobre avant d'enchaîner un nouveau contrat de travail dans une mission locale pour l'emploi dans le Val de Marne. Dans l'immédiat, je vais délaisser mes livres pour m'occuper des fruits et de la vigne.

Concernant un projet de blog valable et sérieux, je ne me sens actuellement pas encore suffisamment "en puissance" pour l'alimenter régulièrement. L'esprit d'initiative n'est d'ailleurs pas toujours mon fort.

Cordialement,

Écrit par : Jourdan | 07/08/2009

@ Jourdan

Merci pour ces précisions et vos encouragements

Vous avez évidemment raison : l'Histoire mérite le plus souvent mieux que ce qui peut être écrit sur un blog facétieux.

Bonne fin d'été donc, bonne vigne et bon fruits et à bientôt j'espère

Écrit par : Restons Correct | 07/08/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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