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05/04/2008

Culture à crédit

f329dcd1661dffef01ed32c73b691783.jpgChez « Restons Correct ! », nos lecteurs le savent, on est carrément naïfs. En fait, pour être tout à fait franc c’est pas difficile de nous faire avaler n’importe quoi : Que Nicolas Hulot réfléchit avant d’causer, que tous les ch’tis sont pédophiles, chômeurs et consanguins, que le Mossad et la CIA attaquent les petites filles à la sortie des écoles, qu’Hugo Chavez n’est pas le fils naturel du Général Alcazar, que les comptes de l’Etat seront à l’équilibre avant la fin du siècle et que les dirigeants de Pékin protégent la planète des exactions commises par les émules tibétains de Ben Laden. Bref, plus crédules que nous çà existe pas !

Donc, quand Jack Lang (qui s’y connaît) déclare que la culture n’est pas une marchandise, on le croit d’autant plus que Ségolène Royal n’a pas manqué de surenchérir sur le sujet au cours de sa grandiose et messianique campagne présidentielle.

Et puis patatras, v’là t’y pas que madame Albanel imagine un dispositif crédit à taux zéro pour relancer le marché de l’art hexagonal !

Donc, non seulement on nous aurait menti puisque l’Art serait une marchandise en vente sur un marché, mais en plus on pourrait en acheter à crédit ! En tous cas c’est not’ministre de la Culture qui l’affirme et le prône ! De quoi ébranler nos certitudes culturelles les plus solides, de quoi aussi remettre en cause les principes mêmes de cette culture française que la planète entière nous envie !

Pourtant quand on a vu arriver Christine Albanel au Ministère de la Culture , on s’est dit qu’avec son look à la Chantal Goya dans Marie-Rose en visite au château de Versailles fallait pas s’attendre à du fracassant, juste à quelques discours de bon ton à l’ouverture du festival de Cannes ou à un petit nettoyage de printemps des colonnes de monsieur Buren…

Comme quoi faut pas se fier qu’aux apparences : Sous le maquillage discret, la coiffure nunuche et les tenues de chez Cyrillus, se cache en fait une femme aussi imaginative que révolutionnaire et entreprenante qui n’hésite pas à renverser les tabous culturels les mieux enracinés. Façon commémoration de mai 68 à moins qu’il ne s’agisse d’une tentative d’échapper au prochain remaniement ministériel...

Quant à imaginer la tronche de Marceline Chouignard, conseillère de clientèle à l’agence de la Banque Postale de Saint-Malo en train d’examiner la demande de crédit à taux zéro formulée par monsieur Alphonse, le marchand de (vraie) galette-saucisse et collectionneur d’art contemporain bien connu, en vue d’acquérir une toile figurant un coucher de soleil sur le Grand Bé, nous laissons à chacun le plaisir de le faire...

Bon, trêve de ricanement, à l’heure où l’Etat cherche désespérément à se moderniser rationnellement, çà serait peut être pas complètement inutile de jeter un œil du côté de la fonction publique cultureuse, juste pour voir si des fois y’aurait pas quelques postes et quelques crédits à économiser…

Commentaires

Rien n’est plus difficile que de définir l’art. Rien n’est plus complexe et mystérieux tout à la fois. Et pourtant, l’entreprise n’est pas inutile, qui nous permettrait de reconnaître ce qui vaut et ce qui ne vaut rien ; qui nous permettrait simplement d’entendre plus clairement ce mot que nous utilisons, ce sentiment particulier que face à lui nous éprouvons.

L’art est-il donc quelque chose de vraiment à part ? Une œuvre est-elle un objet comme aucun autre ? Ce qui résiste, c’est qu’il n’y a rien que nous puissions lui attribuer qui n’appartienne pas aussi à n’importe quel autre objet. L’art est plaisant comme un loisir, beau comme une belle montre, lassant comme un gadget, utile comme un instrument.

Une œuvre nous divertit, puis s’oublie, coïncide avec nos goûts particuliers, puis s’éloigne de nos intérêts, mais alors quelle spécificité ? Il y a quand même une différence. L’art a beau être aussi plaisir, fonction, renouvellement, nous avons avec lui un rapport différent. Ce n’est pas le même plaisir, ni la même utilité ou apparence. La différence, c’est qu’il nous dépasse, tandis que nous égalons tout le reste.

Un loisir n’est rien de plus que le plaisir que nous y prenons, une belle robe rien d’autre que l’usage que nous en faisons. Un film, un livre, un jeu : leur être, leur forme, leur fonction s’épuisent dans ce que nous en faisons. Mais une cathédrale ? Mais un tableau ? Mais un grand morceau ? Leur beauté, leur sens, leur apparence sont toujours au-delà de ce que nous en saisissons. Comme le dit Hannah Arendt, aucun sentiment religieux n’explique entièrement la beauté d’un bâtiment – celle-ci l’excède encore.

Oui, l’originalité et la grandeur de l’art, c’est sa transcendance, il est toujours plus grand que nous, irréductible et inabsorbable. L’art n’est donc pas un loisir comme un autre, on ne s’en sert pas comme d’un objet, on n’en jouit pas comme d’un bien.

Réapprenons la gratuité et la grandeur de l’art.

Écrit par : ALAN DE BX | 05/04/2008

Plus pragmatiquement, quand tu produis quelque chose, tu as besoin de rentrer dans tes frais (surtout si tu souhaite vivre exclusivement de cette production)... Autrement dit, il faut que ce que tu as mis en vente soit acheté pour couvrir, non seulement les coûts de production, mais également la diffusion et la "main-d'oeuvre".

Pour que ce soit possible il faut, soit que tu puisses vendre ta production en réalisant une super plus value (Quoi ? Une banane collée sur une toile, mille euros !?), c'est-à-dire que Pinault en personne tombe en pamoison devant ton oeuvre (Quoi, cette extrapolation de l'oeuvre picturale comme filiation de chimpanzé, seulement mille euros !?) et là nous pouvons sommairement calculer : 1000 - 0.5 (la banane) - 150 (rémunération du galeriste) = 849.5 euros (moins quelques frais annexes genre pute, drogue etc) dans ta poche. T'en vends deux trois, c'est rentable...
Soit, que tu vises la multitude (prix moyen de la banane sur sa toile : 150 euros) et t'en vends autant que tu peux... Mais, et c'est là la beauté du bidule : pour en vendre un maximum faut toucher un maximum de personnes, et tu te retrouves finalement à vendre un dessin de banane sur une toile parce que c'est tout de même moins farfelu que ta banane collée...

Ca peut être intéressant de gagner des sommes faramineuses qui te permettront petit à petit de te libérer des lois de l'offre et de la demande ou même de travailler dessus (cf. Jeff Koons, Murakami etc). Ou alors de vivre de complètement autre chose et de continuer à titre personnel...

En somme (ah ah) la proposition d'Albanel est pas si hors de propos que ça (en rapport avec le prix que ça coûte à une société au bord du gouffre carillonnant de la faillite, si, bien entendu, mais en rapport à ses prétendues préoccupations culturelles, ça mérite de s'y intéresser, même si, bien entendu : à bas l'argent, les méchants, on veut une société idéale, patati patata, toutes ces choses auxquelles je prétends évidemment dans ma vie de tous les jours...)

Écrit par : Jean-Michel | 17/04/2008

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