09.02.2010
A qui la Cour des Comptes ?
Les testaments politiques sont faits pour ne pas être lus, ou en tous cas pour ne pas être respectés. Même implicites, les dernières volontés publiques sont inhumées avec leur auteur, surtout quand il fut un peu encombrant de son vivant.
C’est certainement ce qui va se produire avec l’ultime rapport de la Cour des Comptes version Philippe Seguin. D’autant plus qu’une grande gueule comme ça, on a beau la pleurer aux Invalides, on n’est quand même pas mécontents que la Providence se soit chargée de lui fermer le clapet.
Cynique « Restons Correct ! » ? Peut-être, mais à force d’avoir lu, année après année, les « bonnes feuilles » d’un rapport qui s’évertue depuis des lustres à souligner l’incurie étatique sans que rien de sérieux ne soit fait pour y remédier, on finit par en prendre son parti.
On se dit que tant que les parlementaires de toutes obédiences préfèreront voter des Grandes Lois sur la burka ou la surveillance de nos connections wouaib plutôt que de contrôler ce que l’exécutif fait concrètement avec nos sous, il n’y aucune raison que ça change.
Ainsi va la France, ainsi vont les déficits, les budgets publics et la dette à vau-l’eau.
Ce serait donc à Anne-Marie Idrac que reviendrait la lourde tâche de succéder au tonitruant Philippe.
Question look pas de doute : ça va changer. Pour autant, et sans vouloir être un seul instant désagréable avec cette brave dame, ça risque aussi de moins le faire question autorité.
Ceux qui la connaissent le savent, m’dame Idrac ce n’est pas le genre à mettre les pieds dans le plat, à ce curer les trous de nez en public ou à parler la bouche pleine de (vraie) galette-saucisse.
Ca serait plutôt thé de Chine et toasts à peine beurrés que couscous-merguez et p’tits vins de pays bien d’chez nous ; plutôt langue de bois et sourires bien élevés que gueule de bois et gueulantes homériques.
Après tout, quelle importance ? Vu ce qu’il advient ordinairement des rapports de la Cour des Comptes…
08.02.2010
Hymne et Nation
En France c’est bien connu, tout finit par des chansons, à boire, paillardes ou patriotiques. Débattre du sexe des anges, de l’identité nationale ou de la sauvegarde de la (vraie) galette-saucisse ne saurait se concevoir sans coups à boire ni chansonnette à pousser.
Le répertoire est heureusement large : il pleut, il pleut bergère pour les débats sur le réchauffement climatique, le p’tit vin blanc pour ceux sur la sécurité routière, l’internationale pour clôturer le banquet annuel des cocos à la retraite… Ce n’est heureusement pas le choix qui manque.
C’est pourquoi seuls les mauvais Français ou les immigrés qui n’ont pas cru devoir faire l’effort d’adopter nos usages, s’étonneront de l’importance accordée par le séminaire gouvernemental sur le Grand Débat Identitaire au drapeau tricolore et, surtout, à la Marseillaise.
Dans cet esprit, il aurait donc été décidé d’ériger à Marseille un mémorial à la Marseillaise. Les esprits chagrins objecteront sans doute que c’est historiquement « limite », vu que notre hymne national fut composé à Strasbourg et à la gloire des volontaires de l’Armée du Rhin, pas sur le Vieux Port à celle de la bouillabaisse.
Chez « Restons Correct ! » nous n’y trouvons rien à redire car il est clair que ce choix est d’abord destiné à ne pas embrouiller plus que de raison les hordes de plombiers polonais et de clandestins afghans, impatients comme chacun sait d’adhérer aux valeurs de notre République Une et Indivisible.
Reste qu’au nom de l’égalité entre les territoires de la Nation et à propos de valeurs, il serait sans doute équitable de ne pas limiter cette heureuse initiative chansonnière à la seule cité phocéenne.
Le gouvernement pourrait par, exemple, initier la construction d’un monument à la gloire des Filles de Camaret sur la place de ce charmant port armoricain.
Juste histoire de flatter les fiertés locales et d’y calmer les pêcheurs de thons…
18:05 Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : identité nationale, la marseillaise, les filles de camaret
07.02.2010
Tentations vénitiennes
Venise est un cliché. Un cliché fragile, sur pilotis, lagunaire et croulant mais un cliché à peu près préservé. Palais des Doges, place Saint Marc, Rialto, gondoles et soupirs mais aussi lumières, couleurs et carnaval ; Simplon-Orient-Express, cartes postales et compagnie.
Pourtant, n’en déplaise aux vieilles ricaines emperlousées, aux midinettes nippones extasiées et à Josette qui rêve de s’y faire fourrer une dernière fois la galette par la (vraie) saucisse de Marcel, Venise n’a rien de romantique.
D’autant moins qu’à l’époque du romantisme triomphant the place to be c’était plutôt la cambrousse que les parages du Lido. C’était plutôt ô temps suspends ton vol et vous heures propices suspendez votre cours que les Mémoires du regretté Casanova. C’était plutôt déprime façon Lamartine galérant sur le lac du Bourget que fêtes galantes et libertines dans les alcôves dorées d’un palazzetto grand-canalesque.
Désolé d’avoir cassé l’ambiance mais nos lecteurs le savent : « Restons Correct ! » peut transiger sur beaucoup de choses mais pas avec la vérité, surtout quand elle est historique…
Car contrairement à ce qu’écrivit plutôt bien Juppé, Venise n’est pas une tentation. C’est un lieu fondateur de la civilisation occidentale, de sa face sud en tous cas.
Avant de piller les trésors de Constantinople sous couvert de quatrième croisade, Venise fut l’unique dépositaire européen de la civilisation byzantine qui, avant de sombrer sous le joug ottoman, nous a transmis presque intact cet héritage gréco-latin sans lequel nous en serions encore à traquer le sanglier dans quelque improbable futaie celtique.
Les barbares sont étymologiquement ceux qui ne lisent pas le grec. Par extension ce sont ceux qui ne participent pas de cette culture européenne qui doit tant à l’hellénisme, celui de Périclès ou de Manuel II Paléologue, l’un des derniers basileus venu implorer en vain l’aide de ses cousins latins.
Ceux qui se demandent pourquoi, laïque ou non, la Turquie n’a pas sa place en Europe ont la réponse : c’est une question de civilisation, pas de religion.
Oligarchie maritime et commerçante, Venise fut à partir du treizième siècle et de l’élimination de facto de la concurrence byzantine la principale puissance économique et politique de la Méditerranée orientale, un peu sur le modèle des antiques thalassocraties grecques, de l’Athènes de la Ligue de Délos notamment.
Les richesses accumulées par ses familles marchandes servirent à financer l’essentiel des bâtiments qu’on peut toujours y admirer, l’expédition mythique du jeune Marco Polo à la découverte de la route de la soie chinoise et, surtout, les chefs d’œuvre du cinquecento vénitien signés par le Titien, Véronèse ou le Tintoret.
Ici, comme à Florence ou plus tard à Amsterdam, le capitalisme financier avait déjà pris la détestable et marchande habitude de frapper la culture et la création artistique du sceau infâmant de la concurrence esthétique libre et non faussée…
Le déclin de Venise coïncide évidemment avec l’exploitation par les Européens des richesses américaines. La Méditerranée n’est durablement plus la profitable mare nostrum qu’elle fut pendant des siècles, Venise ne s’en remettra jamais complètement.
La reprise du commerce maritime consécutive au percement du canal de Suez et la colonisation de l’Afrique du Nord profitera plus à Gênes, Trieste, Barcelone et Marseille qu’à la Cité des Doges.
Pour éclatante qu’elle ait été, la victoire de Lépante fut coûteuse et largement inutile puisque Chypre demeura sous l’emprise ottomane. Elle ne fut du reste possible que par le truchement d’une Sainte Ligue associant, pour l’occasion et avec la bénédiction pontificale, la puissance habsbourgeoise à la marine vénitienne.
Pour superbes qu’elles soient, les toiles du Canaletto nous montrent une Venise déjà figée deux siècles plus tard dans un calme classique, bien loin de l’effervescence du commerce avec le Levant.
Reste de cette splendeur passée un haut lieu de la mémoire culturelle de l’Occident dont la magie fonctionne toujours sur les ricaines liftées, les nippones incultes, les Josette ménopausées et, peut-être même, leurs blaireaux respectifs.
Pas étonnant que François Pinault ait choisi la Punta della Dogana pour y exposer sa collection d’art contemporain, de préférence aux ruines industrielles de l’île Seguin et leurs pesants relents de sueurs prolétariennes et d’idéologie collectiviste…
16:15 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : venise, civilisation byzantine, françois pinault









